Voiler une fillette est une maltraitance juridique, psychologique, sociale.

Voiler une fillette est une maltraitance juridique, psychologique, sociale.

Michèle Vianès, présidente de l'association Regards de Femmes, a consacré sa chronique du 8 novembre sur Sud Radio au symbole que représente la présence de fillettes voilées dans les tribunes de l'Assemblée nationale.

Le Sheikh Mahammad Mehdizade, directeur européen du Conseil Mondial des Imams a twitté : "En France nous devons rester extrêmement vigilants. Laisser entrer ces symboles, les banaliser, ou fermer les yeux, c'est leur donner de l'espace ....Nous ne pouvons pas accepter que des mineures soient instrumentalisées ou exposées à une idéologie si toxique, surtout dans un des lieux les plus importants de la République..."

Il a également remercié Mme Yaël Braun-Pivet, Présidente de l'Assemblée nationale "pour sa réaction rapide et responsable. Elle a compris la gravité de ce signal et a agi immédiatement."

Nous reproduisons ci-dessous et avec son accord, le verbatim de la chronique de Michèle Vianès :

" Voiler une fillette, ce n’est pas un simple choix vestimentaire. C’est une maltraitance — juridique, psychologique, sociale. Parce que ça va à l’encontre des droits fondamentaux de l’enfant, tels qu’ils sont inscrits dans la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France en 1990. L’État a un devoir : protéger chaque enfant contre tout ce qui nuit à son développement, à sa dignité, à son autonomie.

Cette convention impose aussi :

·       la non- discrimination entre filles et garçons,

·       la primauté de l’intérêt de l’enfant et pas celui des parents,

·       le droit au développement physique, affectif et cognitif,

·       le respect de l'opinion de l'enfant, qui suppose une capacité de discernement

Or, une fillette de dix ans n’a pas la maturité pour “choisir” de se voiler.

Quand elle le porte à l’école ou en sortie, ce n’est pas un signe de foi.

C’est un marqueur imposé. Une contrainte familiale. Une assignation à un rôle de “femme en devenir”.

Certains parents disent vouloir transmettre leur culture ou leur foi.

Informer, oui. Imposer une norme religieuse sur le corps d'une enfant, non.

La protection de l’enfant c’est une question de droit. pas une question culturelle.

L’Organisation mondiale de la santé définit la maltraitance comme “toute action entraînant un préjudice réel ou potentiel pour la santé, le développement ou la dignité de l’enfant.”

Et le voilement précoce rentre totalement dans cette définition.

Parce qu’il sexualise le corps de la fillette, en lui faisant croire qu’il faut le cacher.

Parce qu’il limite sa liberté : jouer, courir, faire du sport, vivre la mixité.

Et parce qu’il l’enferme dans un modèle inégalitaire, où la responsabilité du regard masculin pèserait sur elle.

C’est une violence symbolique, discrète mais profonde.

Une fillette a besoin de se découvrir, pas de se couvrir.

La scène à l’Assemblée nationale révèle un véritable paradoxe de notre République .

La France a interdit les concours de mini-miss avant 13 ans pour lutter contre l’hypersexualisation des fillettes.

Mais on tolère que certaines  soient voilées dans l’espace public, au nom d’une prétendue tolérance religieuse.

On protège certaines petites filles des stéréotypes sexistes, et on en abandonne d’autres à une norme patriarcale.

Ce double standard est insupportable.

Et dans le cas qui a choqué récemment — des élèves d’une école privée, en sortie scolaire à l’Assemblée — la présidente Yaël Braun-Pivet l’a d’ailleurs dénoncé publiquement, c’est choquant, à la fois sur le plan juridique et symbolique.

Les droits de l’enfant ne sont pas à géométrie variable.

Oui, voiler une fillette, c’est une maltraitance.

Pas seulement morale : juridique, psychologique, sociale.

Et tant qu’on détournera le regard, on participera à cette violence symbolique.

Une enfant, c’est d’abord une citoyenne en devenir.

À nous de lui garantir un avenir libre, égal et ouvert. "

Quant à nous, Les CitadElles, nous ne sommes pas dupes non plus : cette histoire est juste une Nième provocation portée au sein même de l'Assemblée nationale par les tenants d'une idéologie misogyne et rétrograde. Un Nième coup de butoir contre notre démocratie et les valeurs de la République.

Riss ne s'y trompait pas non plus : son dessin publié il y a longtemps dans Charlie Hebdo. Merci à lui.

Le crime de Samara : ne pas porter le voile

Le crime de Samara : ne pas porter le voile

Paris, le 4 avril 2024

Ligue du Droit International des Femmes, Libres Mariannes, Regards de Femmes,

Les CitadElles, Les Résilientes.

Harcelée depuis trois ans, Samara a finalement été victime d'une terrible agression de la part de ses tortionnaires au cours d'un guet-apens, pour punir « la mécréante ».

Cette nouvelle agression prouve une fois encore, s'il en était besoin, que le voilement des filles est conçu comme signifiant non seulement la ségrégation des garçons et des filles, mais aussi celle des musulmanes de la communauté nationale.

Samara sort de trois jours de coma, et sa mère et sa grand-mère, elles-mêmes musulmanes, crient leur indignation car elles ont alerté l’établissement scolaire et demandé que Samara soit gardée à l'abri au moment de la sortie des élèves.

Depuis des décennies, avant même la création bienvenue de « Ni putes, ni soumises » par Fadila Amara, nos associations dénonçaient le sort des filles dans les cités, surtout dès lors qu'elles se comportaient comme toutes les Françaises de leur âge.

Alors, ça suffit de demander sur un ton faussement désolé : « Mais où sont les féministes ? ».

Nous avons toujours été présentes malgré la volonté des Médias dits de référence de nous ignorer !

L'agression sur Samara rappelle le meurtre de Sohane le 4 octobre 2002 à Vitry-sur Seine (« Un féminicide en France, Sohane, 17 ans, brûlée vive » Ed. Le Bord de L'eau), et plus récemment le meurtre de Shaina, poignardée puis brûlée, jugé en juin 2023, affaire racontée par Laure Daussy, journaliste à Charlie Hebdo, sous le titre éloquent « La réputation ».

 

En 2023 la mémoire collective s’est souvenue que 40 ans auparavant avait lieu la Marche pour l’égalité et contre le racisme. Mais pas un mot sur l’anniversaire des 20 ans cette même année de la Marche des femmes contre les ghettos et pour l’égalité.